Raphaël Koenig

Les objets acquièrent je ne sais quelle grâce et quel attrait par les accidents mêmes qui leur surviennent. Par exemple, le pain, quand il cuit, crève sur quelques points ; et il se trouve cependant que les trous qui se forment et qui sont réellement des fautes dans l’art et le dessein de la boulangerie, présentent une certaine convenance et stimulent en nous l’appétit des aliments. C’est de même encore que les figues se fendent quand elles sont tout à fait à point […] et tant d’autres choses qui, si on les regarde en soi, sont loin d’être belles, contribuent néanmoins à donner aux êtres un nouveau charme qui nous ravit.

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, III, II

(Trad. Barthélémy-Saint-Hilaire)

Né le 4 juin 1986 à Paris.

Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de Lettres Modernes, Raphaël Koenig est docteur en littérature comparée de l’université de Harvard (États-Unis), où il a soutenu une thèse sur la réception des œuvres d’art brut par les avant-gardes françaises et allemandes de Prinzhorn à Dubuffet (1922-1949).

Il a publié des critiques d’art, de littérature et de cinéma dans Raw Vision, Art Papers, Artension, et La Nouvelle Quinzaine Littéraire. Il fait également partie du comité de rédaction d’In geveb: A Journal of Yiddish Studies

 Dans les derniers mois de sa vie, Laurent Danchin s’était plongé dans les Pensées de Marc-Aurèle, où il trouvait une consolation toute particulière. Il les lisait même avec une certaine délectation, dans une édition choisie, un petit in-octavo du dix-septième siècle joliment relié et aux graphies baroques. Le passage que nous venons de citer en épigraphe l’avait particulièrement marqué : tant il est vrai que dans cette remarque de Marc Aurèle, étonnante de justesse et de spontanéité, Laurent Danchin avait pu retrouver une des motivations profondes de son activité de prospecteur et d’exégète.

 Les créations marginales, oubliées ou négligées auxquelles il a consacré sa vie, bien que d’une extraordinaire diversité, se distinguent cependant presque toutes par leur imperfection formelle et la rudesse relative de leur exécution : autant de « fautes », de craquelures ou de fêlures qui leur confèrent justement une sorte de supplément d’âme, de vitalité toute particulière qui étaient pour Laurent Danchin une source continuelle d’enthousiasme et d’émerveillement.

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