C’est au contact d’une amie, au caractère de premier abord effacé, que j’ai commencé à être sensible à l’objet. En entrant dans son appartement, j’étais saisi par la décoration disparate, meubles récupérés sur les trottoirs, réparés et repeints, vaisselle dépareillée, tentures indiennes, compotier aux fruits à la peau légèrement altérée, bouquets de fleurs séchées dans des vases de fortune. Sur une table reposait une bouteille au verre bleuté de laquelle dépassait une rose (ornement impensable chez mes parents). Des photos de famille ou d’amis sans cadre, posées sur une étagère côtoyaient des romans. Mon regard allait d’un objet à l’autre comme un insecte virevoltant d’une fleur à l’autre, impatient de s’enivrer de nectar. Cette immersion dans cet univers me révélait plus d’informations sur la personnalité de mon amie que toutes nos conversations échangées jusque là.

J’ai été par la suite amené à découvrir des lieux bien plus étranges et peuplés d’objets bien plus insolites que ceux de mon amie : des fétiches, des sculptures, des bois flottés aux formes mystérieuses. L’objet n’était plus un produit de consommation, mais il pouvait aussi se charger d’une histoire, de pouvoirs, que seul son propriétaire, lui, connaissait.

Il m’a fallu bien des années pour oublier les séances insipides de prises de vue publicitaire, et apprécier la fragilité de celle ou de celui qui peignait un bouquet de fleurs. Dans la délicatesse des tons ou la fougue du coup de pinceau, je pouvais ressentir toute la personnalité du peintre qui s’exprimait et les côtés sombres ou plus éclairés de l’âme humaine. Une nature morte apparemment banale et commune, peut révéler toute la richesse de son auteur pour l’observateur attentif et curieux

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